Extrait du rapport médicale  

 

 
 

Avant propos :
Archiatre de l'impératrice Marie-Thérése d'Autriche, Gérald Van Swieten lui adressa en 1755 un rapport médical qui condamnait la croyance aux vampires.

 

     J'ai lu, il y a quelques mois, un petit traité anglais imprimé à Londres, en 1751, dans lequel on peut lire un fait notable et fort bien prouvé. Au mois de février 1750, on ouvrit le tombeau d'une ancienne famille dans le comté de Devonshire en Angletterre : parmi beaucoup d'ossements et de nombreux cercueils pourris, on trouva une caisse de bois intacte : on l'ouvrit par curiosité ; on y trouva le corps d'un homme tout entier : les chairs gardaient encore leur fermeté naturelle ; les jointures des épaules, du coude et des doigts étaient parfaitement souples : quand on appuyait sur la face, elle cédait sous le doigt, mais reprenait sa consistance des que la pression cessait : la même chose fut expérimentée sur tout le corps ; la barbe était noire, et longue de quatre pouces. Le cadavre n'avait pas été embaumé, puisque on ne repéra aucun signe d'incision. Le registre de la paroisse témoignait qu'après l'an 1669, aucune personne n'avait été ensevelie dans cette fosse. Voici donc un vampire anglais, qui depuis 80 ans était bien tranquillement dans sa tombe, sans ennuyer personne.
 
     Examinons les faits allégués en preuve du vampirisme. Rosina Iolackin, morte le 22 décembre 1754 est déterré le 19 janvier 1755, et déclarée vampire et digne du feu, parce qu'elle a été retrouvée intacte dans sa tombe. L'hiver, les anatomistes tiennent des cadavres à l'air libre pendant six semaines et même deux mois, sans putréfaction. Et l'on note ensuite que cet hiver a été particulièrement rigoureux. Parmi tous les autres cadavres déterrés, la corruption avait déjà consumé la plus grande partie de leur corps : mais il suffisait qu'il ne fut totalement putréfié, et alors, vite au feu ! On parle dans la relation du Consistoire d'Olmutz de certains signes ou caractéristiques trouvés sur les cadavres des vampires ; mais ils ne sont jamais spécifiés. Deux étuvistes, chirurgiens qui n'avaient jamais vu un cadavre desséché, qui ne savaient rien de la structure du corps humain, comme ils l'ont eux-même confessé aux commissaires, sont les témoins qui font établir une sentence de feu. Il est bien vrai que les commissaires d'Olmutz n'ont pas toujours pris des chirurgiens pour examiner les faits ; ils ont fait parfois venir des commissaires spirituels qui, avec beaucoup de désinvolture, ont parlé de vampirisme : il résulte en effet de l'"Ante Acta", qu'en l'an 1723, ils furent brûler le corps d'un homme treize jours après sa mort, et dans la sentence on allègue comme motif que sa grand-mère ne jouit pas d'une bonne réputation dans la Communauté.
 
     C'est sur des fondements de la sorte que s'ourdit toute cette histoire, que se commirent des sacrilèges, et que fut violé l'asile des tombes ; on jeta le discrédit sur la réputation des défunts et de leurs familles qui devaient s'attendre au même sort, si de tels abus peu à peu ne disparaissaient pas : on jeta aux mains des bourreaux les corps des enfants morts dans l'innocence ; des hommes dont la teneur de vie ne fut jamais soupçonnée eurent le malheur d'être déterrés, uniquement parce qu'une prétendue sorcière avait été mise en terre. On les déclare sorciers ; on remet leurs corps, non seulement au bourreau, pour qu'il les réduise en cendre, mais la sentence souligne qu'ils auraient été punis bien plus sévèrement s'ils avaient été encore en vie ; et qu'on brûlera leur corps avec infamie, afin que cela serve d'exemples à leurs complices.

     Où sont les lois qui autorisent de tels sentences ? On admet qu'il n'y en a pas, mais on allègue froidement que l'usage le veut ainsi. Quelle avalanche de malheurs ! Choses semblables me bouleversent et me portent à une telle fureur qu'il me faut terminer ici mon exposé pour ne pas être entraîné au-delà des limites fixées par la décence.
 
 
in  Roger Vadim,
op. cit.