
Ayant entendu dire à plusieurs reprises que
dans le village de Medwegya, en Serbie, les soi-disant vampires faisaient
mourir un grand nombre de personnes en leur suçant le sang, j'ai
reçu l'ordre et la mission du commandement supérieur de sa
Majesté de faire la lumière sur cette question et d'enquêter
avec l'appui d'officiers et de deux Unterfeldscherer ; notre examen
des faits se fit par-devant le capitaine de la compagnie des Heiduques,
Gorschitz Heiduck Burjaktar, et les autres Heiduques les plus anciens de
l'endroit. Ceux-ci, après qu'on les eut interrogés, déclarérent
unanimement qu'il y a environ cinq ans un Heiduque du pays, nommé
Arnold Paole, se brisa le cou en tombant d'une charrette de foin ; ledit
Arnold Paole aurait raconté à plusieurs reprises au cours
des années précédentes avoir été victime
d'un vampire près de Cassowa, dans la Perse Turque.
A) C'est pourquoi il aurait lui-même mangé
de la terre dans la tombe d'un vampire, se serait frotté du sang
de celui-ci afin (comme il est courant) de se libérer de son action
maléfique. Pourtant, vingt ou trente jours après sa mort,
des gens se plaignirent que le nommé Arnold Paole venait les tourmenter
et qu'il avait fait mourir quatre personnes. Pour mettre fin à ce
danger, le Heiduque conseilla aux habitants de déterrer le vampire,
ce qui fut dit fut fait, quarante jours après la mort de celui-ci,
et on le trouva en parfait état de conservation, les chairs non décomposées,
les yeux injectés de sang frais qui lui sortait également
par les oreilles et par le nez, salissant sa chemise et son linceul. Les
ongles de ses mains et de ses pieds s'étaient détachées
et d'autres repoussaient à leur place, d'où l'on conclut qu'il
était un archi-vampire. Aussi, selon la coutume de làs-bas,
on lui enfonça un pieu à travers le coeur. Mais tant qu'on
se livrait à cette action :
B) Il poussa un grand cri et une forte quantité
de sang jailli de son corps. On brûla celui-ci le jour même
et les cendres furent jetées dans le tombeau. Mais les gens prétendent
làs-bas que tous ceux qui sont victimes d'un vampire en mourant le
deviennent à leur tour. C'est pourquoi il fut décidé
d'exécuter de la même manière les quatres corps cités
ci-dessus. L'affaire ne s'arrêta pas là, car on était
persuadé que ledit Arnold Paole avait attaqué non seulement
des gens mais aussi du bétail.
Johann Flückinger,
Visum et Repertum (1732)
